Petite phrase aux grands échos, pleine de connotations positives : on y voit de l'humilité, une capacité à reconnaître ses erreurs, de la considération pour autrui et ses remarques, un brin de contrition, une tendance à travailler sa personne. Phrase simple, utile en société, et qui, comme par enchantement, exclut celui qui la prononce de toutes ces catégories de personnes si détestables, telles que le tyran, l'égocentrique, le trop-sûr-de-lui, bref : celui qui s'aime trop, n'écoute que ses élans, au grand mépris de tout ce qui n'est pas lui, par lui ou pour lui.
Je ne développerai pas cette fois d'argumentaire sur ce mépris constant pour tout ce qui ose tenter d'échapper au nivellement médian, et qui s'est incrusté si profond dans notre culture qu'il en a infecté tout notre langage, jusque dans ses connotations les plus usuelles. Je ne ferai pas non plus l'apologie de l'égocentrisme et du mépris pour autrui, détestant cela tout autant que cette injonction à ne surtout pas dépasser du reste. De l'égalité démocratique du bulletin de vote à l'égalité virtuelle et souveraine des individus entre eux le passage est facile, castrateur, et tellement pratique du point de vue de la gestion d'une population : ça évite les imprévus.
La question est aujourd'hui plutôt du genre sémantique.
« Se remettre en question ». Qu'est-ce-que cela peut-il bien signifier ? De prime abord, il se dégage un sous-entendu qui semble bien pouvoir éclairer notre problème : pour se remettre en question, encore faut-il, auparavant, s'être mis en question. Se mettre en question, ou, autrement dit, mettre sa vie en question, à savoir mettre ses modalités propres d'implication dans le monde en question. L'exercice de la vie ne s'effectuant que dans le cadre de la durée, se mettre en question ne peut vouloir dire autre chose que de trouver une problématique, propre à soi, qui déterminera précisément la direction de l'inscription de soi dans la durée. La problématique, (ou problème posé sous forme de questionnement), comme porteuse d'une tension, et donc d'une tendance. De là, la remise en question ne semble être qu'une rectification : une modification de cette première inscription de soi dans la durée, en considération des éléments glanés de ci de là, au cours de l'exercice de la vie. Considérée sans ce travail préliminaire, l'idée de remise en question de soi n'a aucun sens. D'autre part, elle apparaît comme une pratique nécessaire à l'exercice d'une vie bien menée. La remise en question, non pas entendue comme capacité à retourner sa veste tous les quart d'heure, mais comme correction constante de sa tendance propre, s'expose alors non plus comme un signe d'humilité pleine de contrition, mais comme le signe d'une existence autonome et maîtrisée : l'égo dans son acception positive.






